... Eté 2017 !

Si mes yeux étaient toujours noirs



de Jing Wang
14 min
France

Critique

Jing Wang s’interroge sur les manifestations qui ont eu lieu sur la place Tiananmen à Pékin en 1989, qui donnèrent suite à de violentes répressions, faisant un grand nombre de victimes. Le film offre une diversité de supports : interviews, images intimistes, images d’archives, de manifestations de 1989 et d’une manifestation à Paris pour les JO à Pékin. Jing met en relation ces images, les confronte, les questionne. La réalisatrice mêle son histoire personnelle à l’Histoire collective de manière juste et sincère, avec ses petits moyens. Une identification du spectateur se crée, alimentée par le choix de caméra subjective, et l’entraîne à s’interroger sur sa propre histoire.

Léa Auger

Interview

- Quel est votre parcours personnel ?
Jing Wang, réalisatrice :Lors de mon admission à l’Université chinoise en 2001, j’ai été orientée en Comptabilité. La formation ne me plaisait pas du tout. Ma mère m’a alors parlé du fils de l’un de ses collègues qui était parti étudier en France. J’ai donc écrit une lettre pour arrêter l’Université, et je me suis inscrite dans une école pour apprendre la langue française. Ayant obtenu de bons résultats aux examens écrits, j’ai obtenu mon visa. Quand je suis arrivée à Chambéry en octobre 2002, j’ai intégré une école qui dispense des cours de langues afin de continuer à apprendre le français, avant d'entrer à l'Ecole Supérieure d'Art et du Design de Grenoble.
Les deux premières années ont été difficiles pour moi. N’ayant jamais suivi de formation artistique, je manquais encore de confiance en moi. A la recherche de mon propre langage, je me suis d’abord essayée au dessin, à la peinture puis à la photo et à la vidéo. J’avoue avoir pensé arrêter mes études après la 3e et dernière année à l'ESAD jusqu'au jour où un professeur a proposé comme sujet « le travail cartographique ».


-Comment vous est venue l'idée de Si mes yeux étaient toujours noirs?
En 2007, cinq ans après mon arrivé en France, souhaitant parler de la Chine, j’ai fait alors quelques recherches à la bibliothèque et ai découvert un livre qui parlait des événements de Tian’anmen de 1989. Cette lecture était un vrai choc pour moi. J’avais 6 ans à l’époque des manifestations, et j’avais quelques images en tête mais n’avais jamais pris conscience de l’ampleur des évènements. Les adultes ne voulaient pas en parler, l'école ne nous a pas appris cette partie de l'histoire, il a fallu que je parte à l'étranger pour avoir plus de recul face à tout ça. J’utilisais alors la vidéo pour m’exprimer et réalisais un documentaire en interviewant des étudiants chinois de mon âge et des Français plus âgés. Après avoir trouvé des informations sur Internet et avoir participé à la manifestation d’étudiants chinois à Paris pour soutenir les JO à Beijing 2008, je me suis rendue compte que la vie continue toujours; pourtant ma conscience politique s’est réveillée.

- Quelle place a ce film dans votre parcours ?
Grâce à ce projet, je savais enfin ce que je voulais faire et comment je devais le faire. Cette découverte m’a poussé à travailler sur la recherche de la mémoire individuelle et collective, ainsi que sur notre perception de la réalité et surtout de la vie quotidienne, en mélangeant des points de vue européens et ma culture d’origine chinoise. De plus en plus, je voudrais raconter des histoires « avec humour » mais qui en même temps, font monter quelques larmes aux yeux.

- Pourquoi avoir privilégié la forme du court-métrage ?
Avant de réaliser ce film, je n’avais pas vraiment réfléchi à la durée, car je ne voulais pas me donner des « cadres » pour limiter mon expression. J’ai d’abord récolté tous les rushes nécessaires puis j’ai commencé à faire le montage. Au fur et à mesure, je me suis rendue compte que, dans un film, chaque seconde compte, chaque image a sa place et a une raison d’exister, sinon, c’est « trop ». Je ne pense pas « privilégier » spécialement la forme du court-métrage: pour ce film, 14 minutes sont suffisantes et parfaites pour raconter ce que je veux dire. Si un jour j’ai besoin de 3 heures pour m’exprimer, je vais « profiter » de ces 3 heures.

Take me to the English version, please !