... Eté 2017 !

Yield



(Cédez le passage)
de Caleb Wood
1 min 39

Critique

Chaque jour sur les routes, des milliers d'animaux meurent percutés par des voitures. De ces cadavres auxquels personne ne prête attention, Yield s'attarde pour tenter d'en restituer la vie. Par la fascination qu'il a d'observer ces corps mutilés et à travers un montage expérimental, Yield restitue le mouvement, l'élan de ces animaux fauchés en pleine course, redonne le souffle de la vie à ces cadavres et trouve de la beauté dans le morbide.

Thomas Uzan

Interview

- Quel est votre parcours personnel?
Caleb Wood : Je suis un artiste pluridisciplinaire, mais je me concentre en priorité sur l’animation et le dessin. J’ai grandi dans le Midwest des Etats-Unis, et j’ai reçu le diplôme de l’Ecole de design de Rhode Island en 2011, avec un BFA (Bachelor of Fine Arts) en animation. Je travaille actuellement en indépendant dans le nord du Minnesota, et je continue à produire des court-métrages animés.

- Comment vous est venue l’idée de Yield ?
Beaucoup de gens ont vu dans leur vie des animaux écrasés sur le bord de la route; certains ont été impliqués dans leur mort accidentelle. A chaque fois que je vois un animal écrasé, ou un animal mort d’une autre façon, je ressens le besoin de le photographier. J’ai développé cet instinct autour de douze ans, lorsqu’on m’a offert mon premier appareil photo jetable. Maintenant, en tant qu’animateur, je pense que j’y ai vu une opportunité unique de mouvement qui était resté en sommeil dans ces corps sans vies. Chaque corps a une pose ultime dans la mort. Lorsqu’on récolte assez d’images de ces poses et qu’on les organise de la bonne façon, on peut recréer du mouvement, et ramener ces corps à la vie.

- Quelle place a ce film dans votre parcours?
Il est le tournant du contenu de mon travail. J’ai toujours eu une inclination pour la nature plutôt que l’humain, et ce film était une tentative personnelle pour réparer les souffrances inutiles que nous infligeons aux choses qui nous entourent. Je ne suis encore qu’un cinéaste en devenir, et Yield est l’une de mes définitions les plus succintes et réussies en ce qui concerne notre actuelle façon de vivre.

- Pourquoi avoir choisi la forme du court-métrage?
Cela fait maintenant plusieurs années que je travaille avec ce format, et je le trouve très approprié à mon type d’expression. Je ne suis pas un grand causeur, et j’essaie de dire les choses de la façon la plus directe possible.

- Pensez-vous que ce format est sous-estimé?
Il est important de savoir qui sont ceux qui “estiment” le format. Des sites comme Youtube et Vimeo ont créé des espaces où les court-métrages sont florissants, et accessibles à la plus large audience possible. Cependant, lorsque l’on regarde les cinémas, on constate qu’il est devenu très rare de trouver des projections de court-métrages en dehors des festivals qui leur sont dédiés (du moins au USA). Je pense que le public qui a accès aux court-métrages en ligne visionne un contenu beaucoup plus viable et émouvant au quotidien que ce qu’ils peuvent trouver de temps en temps dans un long métrage. Personnellement, je pense que les court-métrages sont plus digestes que les long métrages. Il y a tellement de films qui essaient d’en dire plus que de raison juste pour remplir la durée et dépenser de l’argent, tandis que le contenu d’un court-métrage est souvent bref, fort, et nécessaire. Le véritable problème réside dans la façon dont les deux formats sont monétarisés. Jusqu’à ce qu’il système de paiement en ligne approprié soit créé, les court-métrages resteront dans l’ombre, derrière les montagnes d’argent générés par les long-métrages.

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